La nouvelle selon Ayayi Hillah…

Ayayi G. Hillah est un auteur togolais que je découvre. Sa bibliographie signale deux recueils de poésie que je n’ai pas eu la chance de lire, Les lys de septembre et Chants et Chants et Visions…je me contenterai donc de réagir sur le recueil de nouvelles qu’il vient de faire paraître aux éditions L’Harmattan, en 2012, sous le titre programmatique, un peu trop explicite à mon goût: Mirage. Quand les lueurs s’estompent.
Au total, cinq nouvelles, reliées entre elles par une thématique générale: l’immigration. La première (« Issaka le plongeur ») relate le quotidien d’un étudiant africain, lecteur de Sartre et néanmoins paumé dans l’univers administratif occidental. Ici, l’auteur ne raconte aucune histoire à proprement parler. Il décrit les états d’âme d’un personnage. Pour Issaka, la vie est un long fleuve de désillusions, mais au lieu de pleurnicher, il s’accroche. Incroyable personnage tout de même, incapable d’arrêter d’envoyer des « Western Union » à sa famille, qui pourtant voudrait un peu pour lui-même, payer ses loyers, son transport, ses loisirs… Ne vous attendez pas à une chute extraordinaire. C’est le trait commun, d’ailleurs, à toutes les autres nouvelles de ce recueil, qui a quand même, en général, le défaut de ne pas trop surprendre le lecteur. Le thème de l’immigration est un thème archi exploité, on s’attendait donc à une écriture ou un angle de vision qui le renouvelle un peu.

Déjà, la manière de titrer de l’auteur interpelle. Le titre dit tout, et ne vous laisse pas le loisir d’étaler le songe. La deuxième nouvelle, « Sam ou la métamorphose », condense un peu tous les traits d’écriture de notre auteur. Peu-être Ayayi devrait-il se défaire de cette habitude de conteur, celle qui consiste à expliquer l’histoire que l’on veut raconter, par le recours abusif  un proverbe ou à une citation, avant même de démarrer le récit. Sans mentir, dès les premières phrases de ladite nouvelle  une fois que l’on a lu l’exergue, on devine le reste. Plus de suspense, c’est fâcheux! Quant au sujet de la nouvelle, il confirme l’impression de déjà-vu: des lascars vaniteux, en vacances au pays, font tourner la tête à Sam, jeune cadre aux moeurs de flambeur. Sam se retrouvera en Europe, aventurier largué par ses faux amis, dont il découvre les vrais emplois, les vraies galères… Nouvelle numéro trois, « L’histoire de Miguel ou le mariage mort-né ». Le titre, une fois de plus, vous tend le fil. Et la citation de Proust à l’entrée, qui n’est même pas décalée, vous gâche le suspense: « A trente printemps passés et toujours célibataire Miguel, trouvant la vie bien ennuyeuse, décida, comme certains de ses amis, de se trouver une âme-soeur… il reçut par la poste plusieurs clichés… L’affaire fut bouclée en un temps record, tant l’ami Miguel était impatient de rencontrer cette créature rare… Mais rappelez-vous le proverbe: « Si l’argent se trouvait sur les arbres, les filles seraient amies des singes ». Or, le pauvre Miguel avait, semble-t-il oublié ce dicton », page 47!

Cela dit, Ayayi Ayi écrit simple et juste. Ce qui est l’essentiel, peut-être, pour un auteur qui démarre sa carrière de nouvelliste. L’expérience aidant, ainsi que la lecture des grands maîtres du genre, le paradoxe visitera davantage sa vison du monde, et nul doute que son écriture s’en ressentira.

Ayayi Gblonvadji Ayi Hillah, Mirage. Quand les lueurs s’estompent, (Préface de Catherine Moreau) Paris, L’Harmattan, 2012. 11,50 €.

Publicités

A propos filfrancophones

Festival International de Littératures Francophones
Cet article, publié dans Nouvelles, est tagué , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s