Corinne d’Almeida: Antibes (éd. Gallimard, 2012)

antibes-corinne-d-almeidaRécit d’un parcours de vie peu conventionnel, Antibes raconte l’histoire d’une aide-soignante qui travaille aux services d’une vieille dame à Paris. La narratrice qui est aussi l’auteure, évoque à travers les détails de son quotidien maussade, des moments forts de sa vie : du suicide incompris de son père à ses expériences sexuelles anticonformistes (l’auteure et sa soeur aiment toutes les deux l’Albinos), Corinne d’Almeida ressucite les fantômes d’un passé tragique tissé d’événements sordides ou rocambolesques. Hantée par le souvenir d’une sœur tantôt protectrice, tantôt perverse, l’auteure fait preuve d’un recul déroutant qui confère à son texte un charme indéniable.

Offert par un ami qui connait personnellement Corinne d’Almeida, ce livre ne m’a tout d’abord pas inspirée. Les tags qui le classent au rang des romans érotiques, ne m’ont pas du tout encouragée à m’y intéresser. Pourtant, Antibes est aux antipodes de l’idée que je m’en étais faite. Loin des clichés de roman à l’eau de rose à quoi je m’attendais, j’ai vraiment été agréablement surprise. Si l’auteure est difficile à suivre en raison des nombreuses digressions et des retours dans le temps mal balisés, elle fait montre néanmoins d’une imagination débordante audacieusement mise en mots. La mort, l’amour et le sexe sont chez elle des thèmes récurrents et son écriture s’en ressent. A la frontière entre le morbide et le cocasse, ce roman est troublant tant par son style moderne et cru (on frise parfois le dadaisme) que par l’histoire qu’il déroule. Je l’ai trouvé difficile à lire et j’ai dû à plusieurs reprises revenir en arrière pour ne pas perdre le fil de l’histoire. A noter également que les longues notes de bas de pages qui s’inscrivent comme de petites histoires dans l’histoire, nuisent à la compréhension. Ce texte gagnerait beaucoup à mon sens, à être adapté au cinéma car l’écriture imagée et lyrique de Corinne d’Almeida, s’y prête volontiers. En fait, j’ai bien apprécié ce roman pour le mystère et l’envoûtement qu’il dégage. Un premier roman réussi donc pour un destin des plus singuliers.Extraits : « Une femme s’était tuée par amour. Elle ne s’était pas poignardée. Elle avait bu un verre d’un poison qui ne pardonne pas. Cela tombait bien. Elle ne voulait pas être pardonnée. Peut-être ce qu’elle voulait c’était ne l’être surtout pas. (..) il ne lui restait que sa soeur mais on ne se tuait pas pour sa soeur, c’était ce que sa soeur pensait, elle qui appela un taxi pour l’emmner à l’hôpital puisqu’il fallait bien l’emmener quelque part. » p.31

« Comment avait-il pu apparaître et disparaître de cette façon? C’était bien simple ; de la même façon que notre père était apparu et avait disparu : à la façon d’une rupture, d’une entaille dans le réel, à la façon d’une incompréhension. » p.200

« En entendant Antibes, mon avenir dut bondir dans la tasse. Hélas, je n’avais pas gardé les yeux sur lui, je ne pus le voir bondir et animer la surface noire des secousses concentriques (un vortex dans une tasse de café). Antibes? dis-je. Oui, j’y ai une villa. C’était fou me dis-je le nombre de gens qui avaient une villa à Antibes. » p.272

Présentation de l’auteur : Corinne D’Almeida vit  dans la région parisienne. Antibes est son premier roman.

Titre : Antibes
Auteur : Corinne D’Almeida
Éditions : Gallimard
Collection : Collection blanche
Date de parution : Février 2010
Nombre de pages : 282 p.

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